Hervé Nys, sculpteur : « l’étincelle d’un moteur est facteur de vie »
Publié par Antoine Arnoux le 9 mars 2010
L’art revisitant l’univers automobile. Ce n’est pas la première fois qu’un artiste le met en scène par une vision onirique. Mais plus que jamais, esprit décalé de rigueur pour les moulages en bronze qui nous intéressent aujourd’hui.
Hervé Nys sévit depuis quelques années déjà et propose une interprétation atypique de la voiture, parfois drôle et toujours avec poésie. Entretien avec l’artiste, quelques temps après notre rencontre à Rétromobile. La mécanique prend vie, au sens littéral du terme, et prend une tournure prophétique…
Sport-prestige : Vous avez une longue expérience dans la fonderie d’art, depuis quand avez-vous commencé à « détourner » des éléments mécaniques? Pouvez-vous nous résumer votre parcours?
Hervé Nys : Le cheminement est un peu hétéroclite. J’ai effectivement été ciseleur d’art, où j’ai été nourri pendant 10 ans de créations artistiques et de fantaisie. Auparavant, j’étais dans une tout autre domaine : la maroquinerie. Et encore avant, mécanicien dans l’aéronavale!
La nature m’attire beaucoup, d’où les formes d’insectes qui reviennent souvent dans mes pièces. Je suis d’ailleurs issu d’une famille d’agriculteurs, dans le sud de la France où je vis toujours. Est venu s’ajouter l’amour de la mécanique, d’où l’alliance de ces deux univers, contradictoires de nos jours… Ensuite, chaque parcours de vie est fait d’opportunités.
S-P : Comment en êtes-vous venu à envisager l’automobile comme support artistique?
H. N : L’artiste, c’est celui qui fait passer par une pièce les choses qui le touchent. Tout part d’une idée, au départ dessinée sur un post-it peut-être. Ma première idée, c’était un nœud fait avec une voiture. Il y a toute une symbolique, et des idées qui viennent selon l’humeur et les gestes de la vie quotidienne. À partir de la contrariété rencontrée dans les embouteillages, par exemple…
Le contenu symbolique, on le retrouve dans « Babel », ou le 33 tours. L’automobile comme outil d’ascension et de dépassement ou, dans le cas du 33 Tours, les liaisons dangereuses que l’on peut entretenir avec l’automobile et mènent à tourner sans issue possible.

S-P : En général vos œuvres font preuve d’un certain sens de l’humour, on ressent un attachement profond à cet univers. Est-ce que cela traduit les rapports que vous entretenez avec le monde de l’auto?
H. N : C’est un objet d’art, l’auto! Elle est tellement vivante en nous, c’est une forme de liberté évidemment. Et qu’on le veuille ou non, elle est notre histoire, malgré les dérives contemporaines que l’on connaît.
Pour l’humour, c’est dur à expliquer. Cette « patte » est sans doute liée à une partie de ma personnalité… La voiture, César l’avait compressée, un autre, Orozco, a rétréci une DS. Elle est tellement présente dans notre quotidien, qu’elle peut en ressortir à l’état d’œuvre d’art à n’importe quel moment, et même sous d’autres formes… J’ai une idée par jour! C’est une manne inépuisable. La prochaine étape, ce sera de s’attaquer à un objet plus moderne. Le portable par exemple, d’ici quelques années…
S-P : Les références aux véhicules que vous mettez en scène renvoient au passé de l’automobile, notamment aux années 30. C’est une période de prédilection?
H. N : Pas forcément, mais j’aime l’univers fantasque des Fous du volant. Ou les américaines des années 50 de « Happy days ». C’est magique… Plus sérieusement, une image me revient : celle d’une Bugatti, en course, qui perd sa roue. Le pilote ne devait pas comprendre ce qui lui arrive! Aujourd’hui, ce genre d’aventure n’est plus possible. Ce n’est pas un mal certes, mais il est dommage que les courses d’aujourd’hui ne présentent plus de surprise. Bien souvent, on sait qui sera premier.
Après, mon attirance pour l’auto est venue de manière toute naturelle, vers 18/20 ans. Ma première voiture, c’était une 203 carrossée en Hot-rod américain, dans les années 80! C’était une manière un peu alternative de se démarquer, pour celui qui n’avait pas spécialement les moyens. C’était l’époque des revues comme Nitro, où ma voiture a été publiée d’ailleurs…

S-P : Et votre regard d’artiste par rapport à l’automobile contemporaine?
H. N : On sent qu’il risque d’y avoir du changement et que l’on vit la fin d’une période. Aujourd’hui déjà, le message que l’on entend un peu partout tend à réduire la voiture d’outil de déplacement d’un point A à un point B.
Si cela continue ainsi, nous aurons une voiture dans notre garage, et on la regardera… N’oublions pas que le collectionneur de voiture collectionne des objets d’art et à ce titre, l’automobile telle que nous la connaissons a peut être un avenir de pièce de musée… Il y a tellement de passionnés, qu’ils soient pilotes, collectionneurs, spectateurs, que la plupart des aspects de l’automobile peuvent être sauvegardés. Les collectionneurs seront sans doute moins nombreux au fil des décennies, mais davantage reconnus par la société en tant que gardiens d’un patrimoine.
S-P : Vous la voyez comme une espèce en voie d’extinction…
H. N : On a déjà presque honte de faire le plein, avec les discours tenus par les médias… Il y a comme une araignée qui nous guette! À tort sans doute, car l’automobile a façonné notre quotidien et y est intimement liée. Alors autant se faire plaisir, puisqu’on ne peut s’en passer! Mais tout n’est pas perdu pour autant. L’auto est vivante, comme lorsque l’on rallume un vieux moteur qui n’a pas tourné depuis longtemps. L’étincelle, comme pour le feu à la préhistoire, est un facteur de vie. Concernant mes travaux, ça fait sourire mon public, et notamment les enfants. À partir de là, c’est gagné…

Posté dans Insolite, Interview.
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