Eric Sentuc (DG Cadillac et Corvette France) : “Une Corvette hybride ? Pourquoi pas…”
Qui a dit que General Motors n’avait plus d’argent ? En marge du Mondial de l’Automobile 2008, l’Américain a inauguré, la manière aidant, un nouveau showroom Corvette et Cadillac au sud de Paris. Surface d’avant-garde, vitres serpentaires, les alchimies et leurs furoles… De la mine à la galerie, General Motors révise son Å“uvre. Jusqu’à en user sa craie : les fastes de la capitale alors que les rumeurs de démantèlement du groupe bruissent de tout corps ? L’histoire d’un soir, le constructeur tente d’apaiser les craintes en offrant à la foule l’exclusivité de la ZR1, supercar sans compromis, mais promise à un bel avenir. Avec en maître de cérémonie, Eric Sentuc, directeur général de Cadillac et Corvette France. Sans détour, l’homme de la reconquête répond aux questions de Sport-Prestige. Sur la table, des sujets qui fâchent : la ZR1 et ses rivales, les difficultés de General Motors, la survie des supercar face à la montée du dictat écologiste, le tout sur fond de panne sèche de l’industrie automobile. Entretien vérité.
Eric Sentuc, vous présentez la Corvette ZR1, rivale désignée des Ferrari F430 et Porsche GT2. Pour autant, n’est-ce pas irresponsable de développer, produire et commercialiser un tel véhicule en ces temps de pétrole cher et de tout écologique ?
Peut-être. Mais la ZR1 s’adresse avant tout à un public de passionnés, par essence restreint, voire confidentiel. Soyons concrets : à l’échelle française, nous avons une cinquantaine de bons de commande à l’heure où je vous parle. Sept véhicules seront livrés d’ici la fin d’année, et une quinzaine l’an prochain. Vous comprenez que les volumes sont insuffisants pour interagir sur l’environnement. Malgré des émissions de CO2 importantes, comme toutes ses rivales d’ailleurs, La ZR1 n’est pas la bête noire de la planète bleue.
En somme, responsable mais pas coupable ?
Comprenez bien : l’impact reste minime. Derrière ces véhicules-images, aussi polluants soient-ils, un véritable travail est effectué en amont pour consolider le futur de Cadillac et Corvette. A ce titre, le groupe General Motors investit massivement dans les domaines de l’électricité, de l’hybridation, et des énergies nouvelles.
Une Corvette hybride, est-ce pour demain ?
Tout est possible. Pour l’instant, la majeure partie des investissements se porte sur les modèles qui s’y prêtent, dans la gamme Cadillac notamment avec dès le deuxième trimestre 2009, l’arrivée d’un Escalade hybride, chaperonné par le système bi-mode. L’idée est d’étendre ces technologies à l’ensemble de nos marques.
Quitte à provoquer chez les passionnées de sportives pures et dures des crises d’angoisse ?
Non. Une entité comme General Motors doit toujours avoir un coup d’avance. Souvenez-vous : en Le Mans Series, Corvette a engagé par le passé des véhicules fonctionnant à l’éthanol. Ce n’est pas un hasard : nous poussons à l’extrême les réflexions en matière d’alternatives au tout pétrole. C’est un enjeu obligatoire.
Revenons à la ZR1. Quels sont ses atouts face aux autres supercars ?
Le meilleur rapport puissance/prix du marché. 647 chevaux pour 136 000 euros. Les consommateurs ne s’y sont pas trompés et les demandes affluent. Nous avons d’ailleurs des difficultés à suivre les cadences de production. Il faut savoir que la ZR1 est assemblée en partie à la main à l’usine de Bowling Green, notamment le moteur LS9. Nous montons en régime mais la problématique de cette super GT diffère de celle de ses prédécesseurs : il s’agit d’une short série. Les déçus seront nombreux. A n’en pas douter.
General Motors traverse actuellement une passe délicate. Le groupe tente de se restructurer, en se délestant de filiales en perte de vitesse, Hummer par exemple. Vous sentez-vous menacés ?
Les temps sont durs, c’est indéniable. L’industrie se densifie et en même temps, les marchés arrivent à maturité, laissant peu de place aux nouveaux arrivants. En France, le marché des véhicules neufs s’établit à 2 millions d’unités chaque année. Conséquence, les courbes stagnent et le renouvellement tarde à s’opérer. Nous ne sommes plus, comme il y a quelques années, dans une dynamique positive. Nous cherchons la croissance.
Cette croissance, comment la reconquérir et remettre ainsi, l’ex-numéro un mondial sur de bons rails ?
L’offre produit augmentant, la concurrence s’aiguise. Nous devons donc assurer une production soutenue, ça c’est inévitable, mais aussi viser autant que possible, la qualité et l’innovation. Ce à quoi General Motors nous encourage. La ZR1 répond parfaitement à ce double axiome.
Plus généralement, quel regard portez-vous sur la crise traversée par le marché de l’automobile ?
L’avènement du tout écologie a bouleversé les mentalités. Mais vous trouverez peu de monde dans l’industrie pour crier au loup. Simplement, la transition s’avère difficile à cause des lourds investissements qu’elle engendre, et des cycles longs qu’elle doit digérer. C’est une question de temps.
A défaut d’être patient, peut-être faut-il se diversifier ? Que pensez-vous de la politique d’expansion de Lamborghini, Porsche et Aston Martin, nouveaux venus sur le segment des berlines huppées ?
Ils en ressentent certainement le besoin. Toujours est-il qu’une quatre portes n’est pas à l’ordre du jour chez Corvette.
Pour quelles raisons ?
Nous ne voulons pas trahir la philosophie de la marque.
Propos recueillis par Mathieu Bellisario
Retrouvez la galerie photo de la Corvette ZR1 en page 2

Assemblé à la main dans les ateliers de Bowling Green, le bloc LS9 délivre 640 chevaux, faisant de la ZR1 la plus puissante des sportives enfantées par General Motors.
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Mathieu Bellisario








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et pourquoi ne pas produire les corvette à l’éthanol au lieu des hybrides ? la technologie aura avancé alors que cette énergie n’aura pas donné tout son potentiel. quand je vois jaguar ou lamborghini qui parlent de diesel, plus rien ne me surprend.