Dossier : Saab, avis de ( re ) naissance?
Publié par Antoine Arnoux le 23 novembre 2009
Jan Åke Jonsson parle d’une « année intéressante et spectaculaire en matière de changements structurels ». Le président de Saab cultive l’euphémisme, en parlant de la faillite du constructeur suédois. Six décennies d’une place à part dans la production automobile, devenue bien discrète ces dernières années. L’heure du ( colossal ) chantier de remise sur pieds semble arrivée…
Reconnaissons que l’année 2009 sera effectivement décisive pour la firme de Trollhättan. Au moins, l’un des sujets les plus délicats aura été abordé spontanément : le rachat de Saab. L’opération aura abouti à des conditions apparemment optimales puisque General Motors a assuré Saab de son soutien à venir pour la fourniture d’éléments technologiques et consenti à des accords de licence pour la production de certains composants. Toujours une épine de moins dans la botte de Koenigsegg, repreneur de Saab…
Outre le feuilleton économique généré par la situation, 2009 aura également vu un regain d’activité du côté de la gamme, avec la nouvelle 9-5 en point d’orgue de cet exercice. Parmi les quatre nouveautés prévues à court terme, on a déjà découvert la 9-3X ( version tout-chemin du break 9-3 ) et on attend le 9-4X, crossover compact programmé pour fin 2010. Programme conséquent au vu de la diffusion quasi confidentielle du blason scandinave qui encadrera le renouvellement du porte-drapeau du catalogue, créneau indispensable à toute percée sur le marché premium. La nouvelle 9-5, très attendue également ( sa devancière est largement essoufflée du haut des ses 12 ans, presque deux cycles de vie ), amène logiquement à s’interroger sur l’évolution de Saab, autrefois dotée d’une aura de spécialiste. Spécialistes qui s’en sont peu à peu éloignés avec la standardisation sauce GM subie par des productions qui n’ont finalement gardé de suédois qu’un peu de folklore ( une clé centrale par ci, un éclairage « black panel » par là… ).
Cet état de fait est symptomatique de l’actuelle production automobile, qui touche davantage les constructeurs astreints à une forte politique de groupe, quel que soit leur niveau de gamme. D’où le sentiment amer pour certains clients Saab depuis le début des années 2000 d’avoir acheté une Opel rebadgée… Et non l’héritière de la légendaire et aujourd’hui collector 900 Turbo.
Retour aux sources… suédoises
Le remplacement de la routière 9-5 intervient à point nommé pour l’optimiste renaissance de l’autre constructeur suédois. Quitte à s’octroyer les foudres d’une partie de la clientèle, Saab fait toujours appel à un style segmentant, sans compromis, misant tout sur le spectaculaire. Et c’est vrai qu’elle en impose, la nouvelle 9-5, avec son profil singulier. En ces temps où le design est le seul plaisir qui reste à la majeure partie des automobilistes, on fait largement appel à l’héritage culturel de la marque pour marquer un retour en force.
Qu’il est loin, le style aujourd’hui suranné de l’actuelle 9-5 ou de la 9-3… Cette nouvelle mouture est sensée faire appel à la filiation aéronautique de la marque. Pari gagné avec cet épais montant C et cette ligne de toit fuyante, rappelant un cockpit grâce à des montants de pare-brise fins et noirs, afin d’alléger cette ligne de caisse. En ne gardant que la partie haute de l’auto, on croirait presque à un Cessna futuriste!
Mais que diable, laissez à Audi ce qui appartient à Audi, à savoir le culte de la Led que l’on retrouve aux quatre coins des optiques. En ce sens, la 9-5 est bien équipée pour se frotter à la concurrence. Pour le bandeau arrière qui contribue à la personnalité de la 9-5, admettons. Heureusement que ces travers de fashion-victim automobile s’arrêtent là.
Les traits introduits par le concept Aero X sont bien là, en tout cas… Audacieux. Sur un segment aussi exigeant que les routières premium, le pari est pourtant risqué pour un outsider qui a perdu son image de constructeur pour intellectuels de l’automobile depuis quelques temps… L’habitacle reprend une présentation similaire au concept, avec la même planche de bord ondulante et cette sensation d’engoncement pourtant sans opression.
Turbo et consensus
Sous le capot, cette apparente cure d’histoire Saab se traduira par une gamme uniquement composée de blocs suralimentés. Mais désormais, le « tout turbo » s’inscrit plus dans une logique de downsizing et de recherche du rendement que dans un hommage au rôle de Saab en tant que spécialiste de la suralimentation… Pour preuve, on imagine mal le modeste 1.6 turbo de 180 ch d’entrée de gamme rendre hommage aux mythiques 900 Turbo, malgré des caractéristiques séduisantes sur le papier. Dommage, certains arrivent pourtant à concilier caractère mécanique et rendement.
Au vu de la fiche technique, on s’attendrait presque à des essence diésélisés façon Alfa TBI, coupleuses dès les bas régimes et avec un puissance maxi atteinte relativement tôt. Reste le V6 2.8 Turbo, à son aise sur la 9-3 ( 300 ch sur la 9-5 ) , qui devrait tenir la dragée haute aux Mercedes Classe E et Audi A6, du moins jusqu’à leurs milieux de gamme.
Une chose est claire en tout cas, on n’achètera toujours pas une Saab par hasard, ni en suivant l’habituel mouvement qui tend l’automobiliste à la démarcation ( de façade, évidemment ). Car il en est de l’automobile comme des autres phénomènes de mode : certains milieux trop ésotériques peinent à se diffuser. En effet, l’alternative Audi n’en est plus une, composant avec Mercedes et BMW le Triumvirat du conservatisme premium. Pour Saab, le chemin sera toujours fatalement à contre-courant. Alternatif.
Tweet








F430
F360
F360
Countach
SLR
F430
Ford GT
F360
Corvette
Autre
F360
CL








Commentaires :
Bel article