Edouard Dizier : “Lotus, la philosophie des passions”
“LE BONUS-MALUS AGACE LES CONDUCTEURS”
Existe-t-il un profil type du client Lotus ?
Vous savez, il se vend moins de 150 véhicules neufs par an. Je ne peux même pas parler de marché de niche. Les clients sont dans l’ensemble très atypiques. Mais des traits communs les rassemblent. Ils disposent tous d’une fenêtre financière large. Et puis ils sont mordus de conduite automobile, recherchent avant tout le plaisir au volant, les sensations, bien plus qu’une voiture vitrine de leur réussite sociale, comme une Porsche ou une Ferrari.
Actuellement, quelles tendances se dégagent fortement dans le segment du haut de gamme ?
On assiste à un nivellement des marques. Elles proposent, peu ou prou, la même chose. Avec un signe fort : la prédominance de la technologie. Presque une surenchère. Les constructeurs l’imposent aux conducteurs qui, au final, ne font plus grand chose. Pire, certains se sentent frustrés quand entre leurs mains, la perfection s’exprime. Regardez la Porsche 996 bi-turbo, l’exemple type du modèle quasi-parfait en termes de bruit, sensations, tenue de route. Un vrai TGV. Plus vraiment une automobile. L’accueil a certes été chaleureux de la part des clients Porsche. Peut-être même trop. La question qui se posait à l’époque : que va-t-il se passer après ?
Difficile de lui succéder…
La 997 S en a pâti. Le constructeur allemand a d’ailleurs refusé de parler d’un restyling. Il a corrigé le tir en redonnant aux clients des sensations “subjectives”, de réaction dans le volant, dans les bruits de roulement. Une trentaine d’ingénieurs dédiés au son auraient, dit-on, travaillé uniquement sur l’échappement de la 997 S, pour retranscrire cette sensation de plaisir, même fictive.
Parlons pour terminer de la tendance du moment, la voie écologique. La plupart des constructeurs l’empruntent en proposant des modèles dits “propres”. Prise de conscience ou argument marketing selon vous ?
Mode, tendance, j’ai du mal à trouver le terme exact. Les clients subissent en tout cas. L’instauration du bonus-malus les agace fortement. Niveau prix, les Lotus accusent le coup : une Exige S prend 1600 euros de taxe. Ce n’est pas négligeable. A des niveaux plus élevés, pour une Porsche par exemple, la facture gonfle assez peu. Une chose est certaine : le ciel des propriétaires de voitures de sport s’assombrit. Ils sont sans cesse pointés du doigt, stigmatisés et subissent le contrecoup d’une politique répressive. Les mentalités doivent changer. Mais il faut du temps.
Propos recueillis par Mathieu Bellisario
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Par Mathieu Bellisario






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